Comment sauver EDF ? En recapitalisant ? en restant client ?

Temps de lecture: 11 min , Dernière mise à jour: 11/02/2024
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Comment peut-on sauver EDF endetté, obligé de vendre 25% de sa production à prix coûtant, menacé d'être disséqué, obligé de vendre les barrages hydrauliques largement amortis ainsi que les lucratives activités renouvelables au privé ? En recapitalisant comme le fait le gouvernement, en évitant les investissements hasardeux, en évitant d'augmenter le coût de la dette tout en incitant les utilisateurs à rester chez EDF ? Explications pour connaître la situation délicate de notre (cher) électricien national.

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Un conflit orchestré

Qui profite des différents problèmes planétaires ? Pourquoi l'industrie nucléaire en est-elle arrivée à ce point ? Cet article vous en dit plus.

EDF maîtrise la production électrique

En France, EDF produit de l'électricité à partir de nombreuses sources d'énergies. Le charbon depuis l'automne 2022 est massivement employé par tous les pays y compris la Chine (50% de son mix énergétique). La sécurité énergétique a tout prix prévaut au détriment de la dégradation de la qualité de l'air et du réchauffement climatique.

Énergies renouvelables françaises

On peut voir sur ce schéma que le bois énergie est favorisé notamment par les primes énormes octroyées aux équipements de chauffage au détriment de l'isolation et des dispositifs solaires. Le solaire thermique (production d'eau chaude) ou photovoltaïque (production électricité) est injustement mis de côté alors qu'il s'agit d'une énergie gratuite et sans rejets (hors fabrication). Schéma Picbleu

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Le nucléaire en France

La France compte 19 centrales atomiques équipées de réacteurs nucléaires implantés sur le territoire.

Centrales utilisées depuis 50 ans

L’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) considérerait en décembre 2020 que « l’ensemble des dispositions prévues par EDF, et celles qu’elle prescrit ouvrent la perspective d’une poursuite de fonctionnement des réacteurs de 900 mégawattheures » pour 10 années supplémentaires.
Selon l'ASN « il avait été retenu à leur conception une hypothèse de quarante années de fonctionnement ». Ainsi pour le parc français total de 56 réacteurs, 30 réacteurs de 900 mégawattheures construits entre 1977 et 1987 prévus à l'origine pour fonctionner 40 ans seront utilisés pendant 10 années supplémentaires.

Le calcul de la Cour des comptes dans son rapport de 2016, annonçait un coût de production du nucléaire de 62,6 €/MWh, pouvant s’accroître jusqu’à 70 €/MWh si les coûts d’investissement pour le prolongement de la durée de vie des réacteurs. En décembre 2021 le prix de gros de l'électricité était de 222 €/MWh, le mars 2022 de 600 €/MWh. Au cours de l'été 2022, le prix de l'électricité prévue pour être livrée en 2023 avait grimpé jusqu'à 1000 euros puis était redescendu en 2023 (102,3 euros le MWh en moyenne fin juin 2023)

Hausses de l'électricité

Le prix de l'électricité augmente pour 4 raisons :

  1. Augmentation du prix des quotas d'émission de CO2 européens
  2. Les coûts d'acheminement
  3. Les coûts de production, de stockage, d'approvisionnement,
  4. Les frais de commercialisation
  5. La perte de production des centrales nucléaires à l'arrêt
  6. Le renchérissement du prix du gaz. (une fraction de l’électricité produite et importée provient de centrales à gaz)
  7. Les taxes, telles que la TICFE renommée accise sur l'électricité, la contribution au service public de l’électricité (CSPE), la contribution tarifaire d’acheminement (CTA), la taxe sur la valeur ajoutée (TVA)
  8. L’État français porte le mégawatheure à 70 euros au lieu de 42 euros (Conférence de presse du 14 novembre 2023).

L'idée était de créer une concurrence artificielle dans le secteur de l’électricité. EDF depuis 2010 doit vendre à ses "concurrents" 25% de sa production nucléaire, soit 100 TWh (térawattheures) par an et à un tarif prédéfini de 42 euros/MWh. Ce mécanisme s'appelle l’ARENTH (accès régulé à l’électricité nucléaire historique). Ce mécanisme de réforme du marché de l'électricité visant à instaurer à tout prix de la concurrence a montré ses limites.

Le saviez-vous ?
Pourquoi la libéralisation des prix de l'électricité est un échec

EDF fait face à 2 problèmes :

  1. Des déboires industriels dans le nucléaire
  2. Les mesures gouvernementales visant à limiter l’augmentation des tarifs de l’électricité.

Les ennuis s'enchaînent

L'agence de notation Fitch a abaissé la note de la dette à long terme d'EDF d'un cran à «BBB+» (Source AFP 17 01 2022).
Une notation financière en baisse menace de renchérir son coût d’endettement. L’État soutient donc le groupe public EDF en rassurant les investisseurs invités à prêter à faible coût sans aucune crainte. Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a d'ailleurs indiqué que l'objectif de la recapitalisation était « un signal lancé à destination des investisseurs privés pour leur dire qu’ils peuvent avoir confiance dans EDF ».

L'effet falaise

Dans les années 1970 à 1980, les 50 réacteurs français encore en activité pour la majorité ont été édifiés. Les têtes pensantes de l'époque ont envisagé tout...sauf le fait que tout à une fin et qu'il aurait été préférable de diluer les constructions dans le temps afin d'éviter ce qui arrive : la fin de vie.

Les centrales vieillissent en même temps et entre autres, de graves problèmes de corrosion de circuits de protection ont été décelés entraînant leur arrêt prolongé et un manque à gagner. Il reste 10 à 15 ans d'exploitation avec des caisses vides sans possibilité d'investir des milliards dans la construction de nouvelles unités : un gouffre sans fond.

Les raisons ? Perte du mode d'emploi pour la construction des centrales, perte de connaissance, perte des anciens partis à la retraite, manque d'argent, appel aux sous traitants, autant d'éléments négatifs pour rendre l'opération infaisable et non rentable. Comment bâtir d'autres centrales qui ne seraient opérationnelles qu'entre 2037 et 2045 pour lutter contre l'urgence climatique ? Rappelons que les 3 solutions sont la sobriété heureuse, l'efficacité des équipements de chauffage et le développement de la recherche fondamentale dans le solaire qui n'est prônée que par un ancien député Jean Lassalle (candidat à la présidence de la République) qui restait les pieds sur terre et la tête dans les étoiles (la principale étoile étant le soleil ) dans ses Pyrénées natales. Le solaire étant la seule énergie avec l'hydraulique véritablement vertueuse.

La loi des séries

La fatalité a fait que les 5 centrales les plus puissantes sont à l’arrêt à la suite de défauts détectés lors d’opération de maintenance, en tout 10 de ses réacteurs sont arrêtés pour différentes raisons (maintenance, panne, défaillance, etc.).

Les conséquences

  • EDF a prévu pour l’année 2022 une production nucléaire de l'ordre de 295 à 315 TWh soit la production la plus basse depuis des décennies.
  • Pour 2023, l'estimation est comprise en 300 et 330 TWh.
  • La production des centrales nucléaires s’établissait jusqu'en 2018 à 400 TWh.

Cette spirale infernale entraîne un manque à gagner énorme qui met en évidence ses capacités financières limitées dues à de mauvais choix et des dépenses hasardeuses.

La concurrence

Non seulement, elle bénéficie du fait d'acheter l'électricité à prix coûtant ou d'après certains experts en dessous du prix réel, mais elle agit pour déséquilibrer encore plus EDF.

Exemple :

Engie en 2017 a fait appel à la justice pour dénoncer les pratiques jugées anticoncurrentielles d’EDF.
Selon le gendarme de la concurrence (l'Autorité de la concurrence) qui a saisi des documents chez EDF et ses filiales, Dalkia Smart Building, Dalkia, Citelum et Cham : « Il ressort des éléments du dossier qu’EDF a exploité son statut d’opérateur du tarif réglementé d’électricité dans une logique de conquête commerciale, souligne. L’utilisation des données issues de ses fichiers clients au tarif réglementé a également permis à EDF de détecter les besoins des clients en matière de fourniture de gaz et de services énergétiques et de leur proposer des offres en complément de la fourniture d’électricité. »
Elle accuse EDF d'avoir utilisé la mise en place des compteurs Linky pour offrir des offres de travaux et de services liées aux économies d’énergie aux particuliers. Elle reproche à EDF lors de la souscription de contrats d’électricité au tarif réglementé ou en offre de marché d'avoir développé des offres de services d’entretien ou d’installation d’équipement de chauffage via sa filiale auprès des clients résidentiels.

Au terme d'une procédure négociée (pour abus de position dominante), EDF (nos finances) a eu comme sanction 300 millions d’euros d'amende.

Le coût d’endettement d'EDF

EDF traine une dette très importante, fin 2021 entre 43 milliards et 74 milliards d’euros (tous éléments pris en compte dans ce dernier chiffre). Si le coût d’endettement augmentait, sa perte de revenus réduits pendant 2 ans plongerait l’entreprise dans un cercle infernal.

Le chef de l’État a annoncé la construction de 6 réacteurs nucléaires EPR2 dont la facture serait estimée à au moins 51 milliards d’euros. Lorsque l'on constate le fiasco du chantier de l’EPR de Flamanville qui d'après la Cour des comptes a coûté 19 milliards d'euros sans rapporter un seul centime, il faut souhaiter que l'expérience négative acquise sur tout ce qu'il ne faut pas faire serve de base. Mais on peut en douter, car le temps qui passe profite à certains surtout lorsque l'on emploie des sous-traitants qui font travailler des salariés de pays tellement différents que d'après certaines sources les chefs de chantier ne pouvaient pas communiquer avec leurs équipes !

EDF a besoin de beaucoup d'argent pour effectuer son grand carénage prévu sur 10 ans (2014 à 2025), pour un montant d'environ 50 milliards d’euros. L'amélioration de la sûreté des centrales les dépenses liées à leur fonctionnement correct entraînent une dépense impossible à contourner ou repousser.

Recapitaliser pour sauver EDF ?

Le projet initialement intitulé Hercule et désormais rebaptisé « Grand EDF » vise à « engager une filialisation de tout ou partie des activités du groupe liées à la transition énergétique ».

La recapitalisation peut-elle régler la crise d'EDF ?

Les activités d'EDF qui ont la plus forte rentabilité sont les concessions de barrages hydroélectriques et les activités renouvelables. D'abord cette filiale passera par l'opération de montée en capital de 12.5 milliards d'euros puis par l'appel de capitaux privés afin de privatiser EDF. (1)

Pour nationaliser initialement EDF, Luc Rémont a été nommé à la tête d'EDF. Ce polytechnicien a déjà participé à Bercy au pilotage des privatisations d'ADP (Aéroports de Paris), d'Areva devenu Orano ainsi qu'à la cotation en bourse en 2005 d’EDF. Ancien conseil d'Alstom à la banque Merrill Lynch lors de la vente de la branche énergie à General Electric, il a remplacé Jean-Bernard Lévy à la tête d'EDF. (2)

Le bouclier tarifaire

Le gouvernement a mis en place un bouclier tarifaire qui limite la hausse théorique à 4% du « tarif bleu » d’EDF qui sert de base à la plupart des offres des fournisseurs d'électricité alternatifs. Si ce dispositif n'avait pas été mis en place la hausse du 1er février aurait été de 45%. Ce gel a été obtenu grâce à une baisse de la fiscalité et à un rehaussement du volume d’électricité que EDF est obligé de vendre à ses concurrents. Ce dispositif va coûter 8 milliards d'euros aux caisses de l'État (donc nous tous).

Les pouvoirs publics ont annoncé le 18 février 2022 une nouvelle recapitalisation d’EDF de 2,5 milliards d’euros, auquel la puissance publique participera à hauteur de 2,1 milliards. En 2017, EDF avait déjà bénéficié d’une augmentation du capital de 4 milliards d’euros (3 provenant de l’État donc du contribuable). Il s'agit à chaque fois uniquement de solutions de court terme.

Renationaliser EDF

L'État a racheté les 16 % d'EDF encore en Bourse d'un montant de 12.7 milliards d'euros.

  • L'agence de notation S&P a encore dégradé la note d'EDF ce qui entraîne des difficultés à emprunter accompagnée d'une perte de confiance.
  • Cette nationalisation des pertes dues notamment à l'extension du mécanisme de l'ARENTH permettrait à l'État d'investir sur son parc nucléaire et créer de nouvelles mini-centrales. N.B. aux USA, le coût prohibitif des mini-centrales se heurte à leur rentabilité et certains projets sont abandonnés (4).

Sources :
(1) Marianne : Un député Philippe Brun qui constate le projet de démantèlement d'EDF
(2) Lettre A : Luc Rémont
(3) EDF : Saccagé délibérément par l'Europe

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(4) https://www.la-croix.com/economie/Nucleaire-projet-petit-reacteur-abandonne-Etats-Unis-2023-11-10-1201290350



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