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Dans une fable aussi absurde que lucide, Joël Guiot et Louise Ducci revisitent l’univers surréaliste des Shadoks que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître [1] pour nous parler de l’un des plus grands défis de notre époque : le réchauffement climatique. À travers un récit drôle et caricatural, ils dénoncent la logique absurde dans laquelle s’enferment les sociétés modernes. Et si cette planète peuplée de Shadoks n’était qu’un miroir déformant – mais à peine – de la nôtre ? Cet article est une excellente base pour réfléchir aux liens entre consommation, production industrielle et effondrement de la biodiversité.
Les espèces végétales et animales
Elles supportent la pression des sociétés humaines ou disparaissent. Avalisé à Rio en 1992, le concept de "développement durable" consistant à exploiter la biodiversité tout en la préservant (parfait oxymore) devait inspirer les rapports de l'Homme avec la nature, mais aujourd'hui le bilan donne des résultats décevants.
GaZo : le CO2 version Shadok
Sur la planète Shadok, tout le monde pompe. Pourquoi ? Parce que pomper, c’est vivre. À force de forer leur sol à tout-va, les Shadoks ont libéré un gaz invisible, mais redoutable : le GaZo. Ce gaz réchauffe l’atmosphère à mesure qu’il s’accumule. Résultat ? Une planète qui surchauffe, mais une population qui continue de pomper, car c’est la seule chose qu’elle sache faire.
Le professeur Shadoko, seul personnage rationnel de cette farce, alerte sur le lien direct : chaque tera (mille milliards de tonnes) de GaZo émis augmente la température de 0,5 °C. Mais convaincre le chef Shadok est peine perdue. Celui-ci n’écoute que le Devin Plombier, plus doué pour les slogans que pour la science. Son seul mot d’ordre : pomper encore.
En silence pour vous permettre de réfléchir...
Allégorie d'une humanité en déni
Cette histoire absurde prend une tournure grinçante lorsqu’on réalise qu’elle est une métaphore à peine voilée de notre propre situation. Les humains ont émis 2500 gigatonnes de CO₂ depuis la révolution industrielle. Résultat : un réchauffement de 1,2 °C déjà atteint. Si rien ne change, nous pourrions atteindre les +5 °C d’ici la fin du siècle.
Plutôt que de "fermer le robinet", certains préfèrent investir dans des solutions technologiques qui repoussent le problème sans l’éliminer. La décarbonation permet de continuer à consommer toujours plus sans complexe ni culpabilité, mais les plus inquiétantes d’entre elles, ce sont les énergies qualifiées de « renouvelables » Qui ne vont pas remplacer les énergies dites fossiles (l’uranium en fait-elle partie ?) dont l’extraction et les processus sont particulièrement polluants. Le voile solaire est le délire inventé par des cerveaux déconnectés du vivant !
Le capitalisme libéral puis le néocapitalisme ont créé une course effrénée aux technologies. Les populations européennes ont vu dans un premier temps leurs conditions s'améliorer puis se dégrader. Les solutions avancées pour "vivre comme avant" en décarbonant sont un leurre.
Les énergies présentées comme renouvelables font appel à une utilisation massive d'énergies fossiles, de matières (sable, roches, métaux) et de produits se trouvant en quantité limitée sur Terre (lithium, cadmium, or, etc.). Elles servent à produire toujours plus d'électricité pour alimenter toujours plus de produits de consommation :
- Téléphones et appareils de communication
- Voitures électriques et moyens de transport
- Pompes à chaleur
Le phénomène est bien plus large qu'il ne parait : l’exploitation excessive des ressources naturelles pour satisfaire une demande artificiellement gonflée notamment par la publicité. 800 avions partent chaque jour de Chine pour livrer des vêtements fabriqués industriellement par Shein et Temu. Chaque avion consomme environ 110 tonnes de kérosène : ce sont 88 000 tonnes de pétrole brûlés chaque jour pour des consommateurs victimes de leurs "influenceurs".
La solution ? une taxe carbone ? non ! Il suffit d'arrêter d'acheter des trucs inutiles.
Dans notre société, de nombreux produits (notamment véhicules et appareils électriques) sont conçus, promus et déployés non pas pour répondre à des besoins réels, mais pour en créer de nouveaux, souvent superflus, au nom de la croissance à tout prix. La publicité crée des besoins que les gens n’ont besoin avec l’argent qu’ils n’ont pas ! Répétition vaut démonstration ! Résultat : une pression croissante sur les écosystèmes, notamment marins, pour nourrir une consommation toujours plus énergivore.

Géo-ingénierie ou fuite en avant ?
Inspirée par les éruptions volcaniques, cette technique consisterait à pulvériser du soufre dans la stratosphère pour bloquer une partie du rayonnement solaire. Sur le papier, cela ralentirait le réchauffement. Mais dans la réalité, les effets secondaires sont multiples : pluies acides, destruction de la couche d’ozone, déséquilibres géopolitiques… et surtout, une dépendance continue. Car si l’on arrête brusquement, la température remonterait d’un coup.
Ce projet est sérieusement envisagé et financé… notamment par des milliardaires. Ceux-là mêmes qui continuent à émettre plus que leur juste part de CO₂ en voyageant en jets privés, fusées, yachts ou en vivant dans des villas énergivores.
Revenir à la nature, ne pas fuir dans la technique
Comme le rappelle la fable, la vraie solution n’est ni dans le parasol stratosphérique ni dans les mirages technologiques. Elle commence par arrêter les émissions à la source : sortir des énergies fossiles, restaurer les écosystèmes, coopérer avec la nature plutôt que vouloir la contrôler. Car la nature n’est pas un ennemi à dompter, mais une alliée indispensable.
« La planète Shadok ne peut pas rester indéfiniment en déséquilibre avec les lois de la nature. »
Sommes-nous plus intelligents que les Shadoks ?
La fable se termine sur une note d’ironie tragique : et si les Shadoks, malgré leur absurdité, nous ressemblaient plus qu’on ne l’imagine ? Refus du changement, confiance aveugle dans la technologie, fuite en avant économique… Il est temps d’écouter nos « Professeurs Shadoko » avant qu’il ne soit trop tard.
[1] Wikipédia Histoire des Shadoks 1968
Archives INA sur les Shadoks. Des vidéos avant-gardistes sur l'absurdité de la course à la technologie qui n'étaient pas dans le ton de l'époque 1968