Sommaire
Les principales formes de greenwashing observées
1. La compensation dérisoire
Certaines entreprises compensent quelques centaines de tonnes de CO₂, alors qu’elles en émettent plusieurs centaines de milliers chaque année.Les ordres de grandeur sont sans commune mesure, mais la communication gomme cette disproportion.
2. L’impact différé dans le temps
La majorité des projets labellisés reposent sur la séquestration végétale : arbres, haies, prairies.
Or, un arbre met 20 à 50 ans à stocker le CO₂ qu’il capte, alors que les émissions industrielles sont immédiates.
Dire qu’une émission d’aujourd’hui est “compensée” par un projet dont les effets seront visibles dans plusieurs décennies relève donc de la fiction comptable.
3. Le mélange entre compensation et réduction
Le label ne remplace pas les efforts de sobriété ou de décarbonation. Pourtant, de nombreuses communications laissent entendre que compenser = réduire.
C’est faux : la compensation n’efface pas les émissions, elle en atténue seulement une petite partie.
4. L’absence de transparence
Les rapports de suivi sont rarement rendus publics.Peu de projets précisent :
- le volume exact de CO₂ réellement évité,
- la durée de stockage,
- les risques de “re-émission” (incendie, changement d’usage des sols, fin du projet).
- Cette opacité fragilise la crédibilité du dispositif.
5. L’illusion de la neutralité carbone
Aucune entreprise ne peut se déclarer “neutre en carbone” simplement grâce au Label bas-carbone.
Le label ne valide pas une neutralité, il certifie un effort partiel.
Pourtant, cette nuance disparaît souvent dans les slogans publicitaires.
Cas fréquents dans la grande entreprise
Le Label bas carbone est surtout efficace et utile pour la communication de certaines entreprises industrielles qui achètent des crédits carbone issus de projets bas-carbone (ex. reboisement, changement de pratiques agricoles) et communiquent largement sur leur « participation à la neutralité carbone » sans modifier leurs propres émissions.
Une grande entreprise du secteur aérien ou pétrolier annonce qu’elle compense ses émissions de CO₂ grâce à des projets labellisés « bas-carbone » (par exemple : reforestation, agriculture régénératrice, haies bocagères, etc.). Elle met en avant ce label officiel pour affirmer que ses activités deviennent « neutres en carbone » ou « climatiquement responsables ».
Ce que les entreprises communiquent
Toutes les compagnies aériennes indiquent : « Chaque tonne de CO₂ émise par nos vols est compensée par la plantation d’arbres certifiés Label bas-carbone. Nous sommes fiers d’atteindre la neutralité carbone dès aujourd’hui. » L’entreprise diffuse cette information dans ses publicités, sur ses billets d’avion, ou dans ses rapports RSE.
Pourquoi c’est du greenwashing
Le label ne garantit pas la neutralité carbone : Le Label bas-carbone certifie uniquement que le projet évite ou séquestre une certaine quantité de CO₂ par rapport à un scénario de référence. Il ne transforme pas l’activité de l’entreprise en activité « zéro émission ».
- Les volumes compensés sont dérisoires : Par exemple, planter des haies sur 10 hectares peut compenser 100 tonnes de CO₂ sur 20 ans, alors qu’un seul vol long-courrier en émet autant chaque jour.
- Les bénéfices sont différés dans le temps : Les arbres mettront des décennies à stocker le carbone, alors que les émissions du kérosène ou du gaz sont immédiates.
- L’entreprise continue à accroître ses émissions : Si elle ne réduit pas réellement sa consommation d’énergie fossile, elle se contente d’acheter des “bons points verts” pour verdir son image sans changement structurel.
- L’usage du label est détourné : Le label a été conçu pour soutenir des projets locaux de réduction ou de séquestration de carbone, pas pour justifier la pollution continue de grands groupes.
Autres exemples typiques résumés
Des exemples parmi des milliers :
Une entreprise pétrolière ou aérienne finance un petit projet agricole labellisé bas-carbone (quelques centaines de tonnes de CO₂ sur plusieurs années), et s’en sert pour annoncer que ses produits ou vols sont « compensés » ou « neutres en carbone ».
Ce message est trompeur, car le label ne cautionne ni la neutralité carbone ni l’absence d’impact climatique global.
Ce que disent certains experts
Le Haut Conseil pour le Climat et plusieurs ONG (Greenpeace, Réseau Action Climat, etc.) ont déjà dénoncé l’usage abusif du Label bas-carbone par certaines grandes entreprises comme un outil de communication, non comme une preuve de décarbonation réelle.
La DGCCRF a d’ailleurs commencé à surveiller l’usage du mot « neutre en carbone » ou des labels environnementaux dans la publicité, pour éviter ce type de dérives.
Un autre exemple concret de greenwashing reproché à un gazier concerne sa communication sur la « compensation carbone » liée à ses bouteilles de gaz. La marque a promu depuis 2020 une offre où l’achat d’une bouteille donne la garantie que tout le cycle de vie de la bouteille (extraction, transformation, livraison, fabrication, combustion, etc.) est compensé par des projets environnementaux, notamment à l’étranger (protection de forêts, accès à l’énergie renouvelable, solutions de cuisson alternatives).
Points problématiques soulevés
L’affichage met en avant un geste « pour la planète » alors que l’activité principale de cette multinationale du gaz demeure la distribution de combustibles fossiles fortement émetteurs, et que la compensation sert surtout à atténuer l’image négative de cette activité sans remise en cause structurelle.
Le recours à des projets de compensation internationaux (forêts au Zimbabwe, énergie en Inde, etc.) est critiqué, car il ne garantit pas, sur le long terme, la neutralisation réelle des émissions liées à l’utilisation du gaz en France ; l’impact immédiat sur la réduction des émissions du secteur reste donc peu démontré.
Cette démarche est souvent interprétée par les ONG et des collectifs comme une tentative de légitimer ou de "verdir" une activité polluante, tout en continuant la commercialisation massive de produits fossiles.
Cet exemple illustre comment la communication autour de la compensation carbone peut être considérée comme du greenwashing : le message écologiste masque la réalité d’une activité très carbonée, dont l’impact global demeure fortement négatif pour le climat.
Des projets présentant des émissions annuelles croissantes peuvent être labellisés si, selon le scénario de référence, elles auraient dû être encore plus élevées, ce qui permet de vendre des crédits carbone « de réduction » sans transformation réelle.
Exemple dans l’agro-industrie et du secteur agricole
L’agriculture industrielle utilise le label pour valoriser la capture de CO₂, permettant de simuler une réduction sans conversion vers l’agroécologie.
Le Label, dans sa version actuelle, optimise seulement les pratiques existantes et ne favorise pas une véritable transition écologique, ce qui permet aux financeurs de se donner une image verte avec peu d’impact réel.
Absence d’obligation de réduction directe
Le cadre du Label n’exige pas que les financeurs réduisent leurs propres émissions, ouvrant la porte à des communications trompeuses (ex. campagnes marketing d’entreprises très polluantes vantant leur contribution à des projets bas-carbone tout en conservant des pratiques non durables).
Certaines ONG dénoncent la multiplication des initiatives où les entreprises maximisent la visibilité de leurs « actions bas-carbone » pour masquer l’absence d’évolution profonde de leur modèle.
Les sources
Voici des sources majeures qui dénoncent le greenwashing lié à la communication "bas carbone", notamment dans le contexte français et européen.
Associations et ONG actives
Greenpeace France, Les Amis de la Terre, Notre Affaire à Tous et ClientEarth ont mené un recours judiciaire en 2022 contre TotalEnergies pour pratiques commerciales trompeuses sur ses campagnes “bas carbone”, dénonçant la présentation du gaz fossile et de la biomasse comme solutions climatiques. https://www.greenpeace.fr/espace-presse/neutralite-carbone-et-greenwashing-recours-contre-totalenergies-pour-publicite-mensongere/
France Nature Environnement a aussi plusieurs fois saisi le Jury de déontologie publicitaire pour dénoncer des campagnes “bas carbone” jugées trompeuses (ex: EDF à la COP21). https://fne.asso.fr/actualites/edf-en-flagrant-delit-de-greenwashing
Rapports et articles critiques
Le label bas-carbone, initialement conçu pour réduire les GES dans l’agriculture, fait l'objet de critiques structurelles par des ONG (CCFD-Terre Solidaire, etc.), qui estiment qu’il entretient des pratiques d’optimisation sans réelle transformation écologique et favorise le greenwashing. https://ccfd-terresolidaire.org/label-bas-carbone-agriculture-usine-a-gaz-et-greenwashing/
Plusieurs ONG et collectifs dénoncent publiquement, dans tribunes ou rapports, la faiblesse effective de l’investissement “bas carbone” dans les stratégies annoncées (ex: seulement 3,6 Mds sur 16,3 Mds investis par TotalEnergies en 2022 dans les énergies “bas carbone” selon Bloom).
https://bloomassociation.org/une-analyse-inedite-revele-le-greenwashing-des-projets-climaticides-de-totalenergies-par-les-energies-renouvelables/
Guides et outils anti-greenwashing
L’ADEME a publié en 2023 un guide anti-greenwashing pour aider consommateurs et communicants à détecter les discours trompeurs et à exiger des preuves chiffrées et transparentes des stratégies faibles en carbone. https://communication-responsable.ademe.fr/antigreenwashing
Enjeux réglementaires
Depuis la loi Climat & Résilience (France, 2021) et la future directive européenne sur les allégations écologiques, il est désormais obligatoire de prouver scientifiquement toute allégation de neutralité ou de réduction carbone. Les sanctions juridiques et financières sont lourdes en cas de greenwashing (jusqu’à 80% des dépenses publicitaires concernées).
https://bigmedia.bpifrance.fr/nos-dossiers/greenwashing-definition-exemples-comment-leviter
Ces sources révèlent une mobilisation structurée de la société civile, des médias et des régulateurs contre les déclarations non prouvées ou trompeuses autour du “bas carbone” qui relèvent du greenwashing.